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IL Y A UN SIECLE, LE TRAIN S'ARRETAIT EN GARE DE FOREST

Dans le dernier quart du XIXe siècle, l’ensemble du réseau des lignes d’intérêt général était pratiquement formé. A titre d’exemple la ligne PARIS-MAUBEUGE qui traverse notre paysage, a été mise en exploitation le 15 octobre 1855, le trajet complet s’effectuait alors en 7 à 8 heures.
Mais pour relier les petites villes de notre région entre elles, et assurer les correspondances avec le réseau national, il faudra attendre encore quelques décennies. La loi du 11 juin 1880 appelée « Plan Freycinet », portant le nom du ministre des travaux publics du Président Mac-Mahon, visait à désenclaver les campagnes par la réalisation de lignes de chemin de fer à voie métrique. A partir de cette date, l’on vit « fleurir » un peu partout des projets de réseaux départementaux, dont celui de la ligne SOLESMES-AVESNES.
Conséquence de cette avancée, l’année suivante deux entreprises de transport ferroviaire se créèrent dans le Nord : la Compagnie Générale des Chemins de Fer Départementaux, et la Société Générale des Chemins de Fer Economiques du Nord. Cette dernière, déclarée d’utilité publique, sera par la suite chargée de l’exploitation de la ligne SOLESMES-AVESNES, appelée officiellement « S.E. Réseau Sud ».  
Le tracé du tronçon SOLESMES-LANDRECIES avait une longueur de 18,500 km, il comportait 13 passages à niveau sans barrière, et assurait la jonction à SOLESMES avec les lignes à voie normale en direction de Valenciennes et Paris. Il traversait NEUVILLY, FOREST, CROIX, BOUSIES, FONTAINE-AU-BOIS puis LANDRECIES. Chacune  de ces localités disposait d’une gare ou d’une simple halte.    

Très vite, le passage à FOREST de la ligne SOLESMES-AVESNES se posa aux élus de l’époque. C’est ainsi qu’en décembre 1882, le Conseil Municipal accueillit favorablement le projet, à la condition qu’une gare fut construite sur la commune à proximité de la Chaussée Brunehaut, plutôt qu’au lieudit «La Balance » à CALUYAU (actuel carrefour avec la D43 à CROIX-CALUYAU). La préférence du Préfet pour cette dernière implantation bloqua toute avancée jusqu’en septembre 1893, date à laquelle la commune obtint satisfaction.
Ce n’est qu’à partir de 1904, après diverses péripéties que la réalisation du projet s’accéléra, le département du Nord mit rapidement les terrassements et ouvrages d’art en adjudication, mais les travaux furent ralentis par les expropriations parfois difficiles, provoquées par les « prétentions excessives » des propriétaires, la ligne fut cependant inaugurée en octobre 1907.
A FOREST, la voie venait de NEUVILLY par la Croisette puis en allant vers CROIX elle suivait le tracé de la Chaussée Brunehaut sur un large trottoir côté impair. La gare a été construite dans la rue d’Amerval en face du numéro 7, à l’emplacement du parc de stationnement actuel de la mairie.
Dès sa mise en service, le fonctionnement du train appelé aussi « tramway » est critiqué par une partie de la classe politique, il est traité avec un mépris goguenard de « tortillard » ou de « beuglard ». Sa vitesse moyenne était faible en raison des côtes qu’il gravissait avec peine, il manquait incontestablement de puissance, mais ne méritait pas les cailloux placés sur les rails, ni la graisse dont ceux-ci étaient enduits pour le faire « patiner » notamment dans les montées.
La traction était assurée par 12 locomotives à vapeur CORPET - type 0,31 T de 20,8 tonnes à vide, conçues pour circuler avec la cabine à l’avant en raison de la traversée de nombreuses localités.   

 
Deux photos d'époque de la gare de Forest

Son utilisation rendit cependant un grand service à l’ensemble de la population, dont on ne mesure aujourd’hui l’intérêt qu’en ayant en mémoire, qu’à cette époque les automobiles étaient rares et que l’essentiel des déplacements et transports s’opéraient avec des voitures tirées par des chevaux.
Le transport des voyageurs était assuré par 25 voitures à bogies, à couloir et plateformes ouvertes jugées confortables pour l’époque. Cette ligne revêtait un intérêt économique significatif, puisqu’en effet son parc de matériel comprenait également 50 wagons couverts ou plats, 98 wagons tombereaux, et une grue roulante. Elle assurait ainsi le transport de betteraves pour l’essentiel du trafic, mais aussi des produits laitiers, blé, bière, paille, charbon et bois.
Hélas, cette évidente amélioration des conditions de transport fut de courte durée. En effet, lors de la première guerre mondiale, en 1916, les Allemands démontèrent les rails pour les utiliser au débardage du bois dans la forêt de Mormal.
Après l’Armistice, ce n’est qu’en février 1920 que le Conseil Municipal envisage la réédification de la gare détruite par les bombardements, mais d’autres dépenses de reconstruction sont plus urgentes (écoles, bâtiments communaux, église). De nouveaux projets naissent (électrification, réseau d’eau potable) et font passer cette préoccupation au second plan.
En 1926, alors qu’un nouveau tracé pour l’ensemble de la ligne SOLESMES- AVESNES est à l’étude et pratiquement entrepris, le Conseil Général, peu convaincu de la rentabilité de la ligne en raison du développement de l’automobile et du service rendu par les autobus, décida d’arrêter les travaux.
C’en était fini de cette ligne dont la gestation a duré 27 ans, et qui a été en service 9 ans, un peu moins d’une décade.

A noter qu’il subsiste encore des wagons de voyageurs du même type sur le Chemin de Fer Touristique de la Baie de Somme au CROTOY.

Documentation réunie et mise en page par Georges Broxer