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Au retour de Waterloo, une batterie d’artillerie anglaise fait étape à Forest
Impressions de l’auteur

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Le contexte historique : Au retour de l’ile d’Elbe où il était exilé, Napoléon entra triomphalement dans Paris le 20 mars 1815.
Alarmées par son retour, les puissances européennes alliées, envoyèrent des troupes en Belgique afin de préparer l’invasion de la France, prévue pour le 1er juillet.


La bataille de Waterloo

Napoléon décida de prendre les Alliés de vitesse, en attaquant en Belgique les britanniques et les prussiens avant que les autrichiens et les russes aient eu le temps de les rejoindre. A  la tête de seulement 128 000 hommes,  commandés par le Maréchal  Ney et le Général Grouchy, il atteignit la frontière franco-belge le 14 juin.
En Belgique, 116 000 prussiens et 93 000 soldats britanniques et hollandais commandés respectivement par le Maréchal Blücher et le duc de Wellington, l’attendaient.
Après une première bataille au nord de Charleroi et une seconde sur le plateau du Mont Saint-Jean les 16 et 17 juin, les adversaires se retrouvèrent face à face dans la plaine de Waterloo. La bataille commença à 11 heures 30 et s’acheva dans la soirée par la débandade de l’armée française et le départ de Napoléon pour Paris où il signa sa seconde abdication le 22 juin. Cette campagne coûta 40 000 hommes aux français, 15 000 aux britanniques et 7 000 aux prussiens.

C’est au retour de WATERLOO, que la batterie « G » d’artillerie à cheval anglaise va traverser FOREST le 23 juin 1815 en se dirigeant sur Paris. Elle bivouaqua à MONTAY suite à une erreur de transmission des ordres, puis reviendra à FOREST le 24 juin. A cette époque une troupe d’artillerie à cheval comprenait :
. en matériel : 5 canons, un obusier lourd, 9 voitures de munitions et 4 voitures (forge, carriole, matériel de rechange et bagages).
. en hommes : 6 détachements montés de 8 hommes, 80 canonniers, 80 conducteurs et 6 bombardiers.
Cet ensemble rassemblait 240 hommes, 120 chevaux de trait, et 110 chevaux montés.
Au cours de la bataille de WATERLOO, la batterie perdit environ les 2/3 de son effectif, c’est donc une petite centaine d’hommes et de chevaux qui séjournèrent au retour à FOREST.

 
un soldat anglais
une charge anglaise

L’auteur, commandant la batterie, prenant des notes quasi quotidiennes, narre parfois avec humour, souvent avec précision et étonnement, son passage à Forest.
«  Un mille environ avant la descente vers MONTAY, nous traversâmes FOREST, un joli et grand village entouré, comme d’habitude, par des vergers, avec quelques bois alentour égayant un paysage assez monotone.
En approchant du village, un drap sale ou une nappe attachée à une perche et sortant de la fenêtre du clocher attira notre attention. C’était la première fois que nous voyions l’immaculé pavillon blanc depuis notre entrée en territoire français et nous ne pouvions qu’admirer la sagesse et la prévoyance qui avait choisi un étendard national que le plus humble ménage pouvait fournir instantanément. (1)
Mais le village de FOREST nous réservait une autre surprise, en effet un grand et mince vieillard à l’air vénérable, en habit ecclésiastique, se tenait sur le côté de la route au milieu de plusieurs paysans mâles et femelles. Sa contenance était radieuse et il paraissait ravi en voyant défiler la colonne. Il puisait fréquemment dans une petite tabatière d’écaille. Quand j’arrivai à sa hauteur, se découvrant, il me fit un profond salut.
Il nous raconta avoir été chassé de sa cure par la Révolution, était revenu au moment de l’abdication de NAPOLEON  l’année passée, mais le retour de l’île d’ELBE faillit à nouveau le mettre en fuite. Il s’était risqué tout de même à rester sur les instances affectueuses de ses paroissiens et, après avoir subi pendant les Cent-Jours d’horribles anxiétés et même des indignités, avait enfin recouvré la sécurité et la tranquillité grâce à la bataille de WATERLOO.
Il était sorti maintenant pour voir le passage des braves Anglais à qui son pays et lui-même devaient tant, mais surtout pour rendre hommage à son monarque bien-aimé qui, croyait-il, devait passer par FOREST en se rendant dans la capitale. Il était vraiment transporté et parlait d’abondance. Nous nous séparâmes cordialement, en nous serrant la main, pendant qu’il m’offrait une prise avec la plus aimable bonhomie.
Comme les paysans regardaient ! Ils semblaient tout à fait simples et ignorants dans cette région. Jusqu’à présent depuis que nous avions franchi la frontière, nous les avons trouvés partout poursuivant leurs travaux rustiques avec autant de tranquillité que pendant la plus profonde paix. Le passage continuel de troupes étrangères sur leurs routes et par leurs villages ne les troublait pas et excitait très peu leur curiosité (2).
Le village de FOREST présentait un aspect joyeux et campagnard avec ses hangars et fermes couverts de chaumes dans le style des mêmes bâtiments en Angleterre. Ils étaient écartés de la grande rue et séparés les uns des autres, contrairement à ce qu’on voit si souvent dans d’autres parties de la France où des villages à maisons de pierre, hautes de deux à trois étages, ressemblent plutôt à des morceaux de villes découpés et posés çà et là ».

Après une nuit passée à Montay, la batterie reçoit l’ordre de retourner à Forest.
« Le 24 juin, nous voilà de retour à FOREST car la brigade va marcher sans délai sur LANDRECIES dont le commandant refuse de se rendre. Nous ne perdîmes pas de temps pour obéir et, comme la route était maintenant solitaire, nous y arrivâmes bientôt. Au lieu de trouver la brigade prête à marcher, nous fûmes surpris de voir les gardes du corps pansant tranquillement leurs chevaux.
La place était déjà pleine ; je dus bivouaquer dans un verger élevé et sec, mais dont les arbres sont trop jeunes et trop espacés pour nous donner l’ombre dont nous avions grand besoin.
L’arrivée des soldats attira les villageois à notre bivouac ; beaucoup de vieilles femmes et de jeunes filles nous apportent de très belles cerises à acheter. Les vieilles étaient remarquablement laides et décharnées et les jeunes généralement jolies ; toutes avaient des yeux brillants et expressifs. Les jeunes se débarrassaient naturellement de leurs cerises les premières. Mais ce fruit était si agréable dans ces journées torrides que tout fut bientôt vendu.
Le costume des ces femmes (qui semblaient tout à fait familières avec nous) était plutôt pittoresque. De hauts bonnets blancs avec de larges ailes descendant jusqu’à leurs épaules, un corset nu, parfois négligemment lacé, la poitrine couverte d’un mouchoir disposé avec grâce, un jupon bleu rayé de blanc et de rouge et atteignant seulement jusqu’aux mollets, de grossiers bas de laine et de lourdes chaussures de bois (sabots). Plusieurs portaient de grands anneaux d’or ou d’argent aux oreilles et d’autres de petites croix d’or suspendues à un ruban ou à une bande de velours noir.
Le duc avait lancé au Cateau un manifeste. Des copies en sont affichées dans le village et les paysans en paraissent enchantés. Ils peuvent l’être, car on les assure qu’ils seront traités comme des gentlemen et ne subiront pas la punition que la France, en tant que nation, mérite si bien. On prie les gens de rester tranquillement chez eux puisque nous ne leur faisons pas la guerre et devons plutôt être considérés comme des alliés. On continue en les assurant que la plus stricte discipline sera maintenue dans l’armée alliée et que tout ce qui sera requis par la troupe devra être payé à sa valeur réelle. Les Forésiens, et surtout les Forésiennes, ne cachent pas leur étonnement de notre générosité.
Louis XVIII est passé aujourd’hui 24 juin par le village en route pour Paris où il remonta sur le trône le 28 juin. Le lieutenant Leathes et moi sommes sortis à cheval pour aller à sa rencontre, à un quart de mille environ. Le cortège se composait de plusieurs berlines escortées par environ deux escadrons de Gardes du Corps Royaux, beaux jeunes gens, tous gentilshommes, habillés d’un uniforme très seyant : habit bleu à retroussis rouges et galons d’argent disposés avec goût, casque grec d’argent avec un soleil d’or, le plus élégant que j’aie jamais vu.
Le roi était dans la dernière voiture et de chaque côté chevauchaient le duc de Berry et le général Marmont dont j’avais fait la connaissance sur le champ de manœuvres d’Alost. Nous nous étions retirés sur le côté de la route au passage du cortège. Quand le duc de Berry et le général nous virent, ils s’avancèrent vers nous la main tendue, se répandant en torrents de compliments et de congratulations tels que nos chevaux eux-mêmes en rougissaient ! Son Altesse Royale ne pouvait assez témoigner sa reconnaissance à la nation anglaise. Elle était impatiente de nous voir à Paris dès notre arrivée, etc. Le général n’était pas en reste pour les compliments et les promesses, aussi, oubliant l’adage : « Ne vous fiez pas aux princes », Leathes et moi nous nous voyions déjà avec la croix de Saint Louis à notre poitrine. Nous verrons …
Le monarque eut son dîner retardé par notre digne ami M. le curé, qui, en vêtements de cérémonie et suivi de ses paroissiens en habits du dimanche, le reçut à l’entrée du village et, debout près de la porte de la voiture, lui débita une longue harangue coupée d’inclinaisons de tête à la mode des mandarins, à la fin de chaque période et d’une inclinaison plus profonde après la péroraison. Tout cela fut reçu et rendu par Sa Majesté avec la patience et la ponctualité la plus exemplaire.
Enfin le convoi reprit sa route et nous retournâmes à notre verger ».

D’après le Journal de campagne de Waterloo écrit sur la base des notes de Alexander Cavalié MERCER  Commandant la batterie « G »,

rattachée à la division de cavaliers commandée par Lord UXBRIGE.

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(1) Cette réflexion repose sur le fait qu’après WATERLOO, le drapeau français devint à partir de 1816, blanc avec fleur de lis, alors « prémonition » ou simple capitulation ?
(2) Il faut ici rappeler que la Chaussée Brunehaut a été de tout temps l’itinéraire de passage des troupes, invasions, fuyards, et que les riverains avaient à cet égard acquis une certaine indifférence lorsque la traversée ne se traduisait pas par des dégradations, exactions etc.…

Article recueilli et mis en page par Georges BROXER